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Une journée pour les entreprises responsables à HEC

Organisée par le tout nouveau Centre de Carrière, la première édition du Salon HEC Lausanne des entreprises responsables a attiré sur le campus près de 40 start-up, PME, ONG, associations et multinationales. Cette initiative était destinée à favoriser le réseautage et le dialogue entre les entreprises et les étudiants. De nombreux secteurs étaient représentés : gestion de l’énergie, recyclage, café équitable, écomobilité, services bancaires responsables, pour n’en citer que quelques-uns.

Les secteurs de la finance et de la banque peuvent-ils être responsables?

La première présentation de la journée, intitulée «Responsible Finance: a long way to go», a été donnée par le professeur de finance d’HEC Lausanne, Michael Rockinger, dans le cadre des  "Matinales d’HEC Lausanne", conférences organisées trimestriellement en collaboration avec l'Association des Alumni. Après avoir précisé que ses valeurs n’étaient influencées ni par celles de Karl Marx ni par celles de Milton Friedman, M. Rockinger a défini le concept de «finance responsable» comme étant la conjugaison des objectifs financiers d’une entreprise, de la prise en compte des questions sociales, environnementales et éthiques et des principes de gouvernance d’entreprise.

Cependant, comme l’a souligné M. Rockinger, rien n’est tout noir ou tout blanc dans le domaine de la responsabilité sociale des entreprises (RSE), laquelle inclut la finance responsable. En témoigne l’entreprise hollandaise MedOng, qui produit des substances chimiques toxiques dans le secteur des cosmétiques et qui mène des expériences sur les animaux tout en fabriquant des produits destinés à soigner le cancer et les brûlures graves.

La question est aussi de savoir comment une entreprise peut intégrer les principes de RSE sans s’adonner au fameux «green-washing» (qui consiste à prétendre être plus «vert» que l'on n'est en réalité, via la publication d’informations dans les rapports annuels et la communication). Aujourd’hui, certaines fonctions comme celle de CRO (Corporate Responsibility Officer) deviennent importantes, pour autant qu'elles ne soient pas des "alibis". Par ailleurs, l’investissement socialement responsable (ISR), commence à donner des résultats intéressants. En effet, des recherches menées en HEC Lausanne ont montré que l’ISR à long terme se révélait financièrement viable et rentable.

M. Rockinger a également souligné l’impact en matière de RSE que peuvent avoir les systèmes d’échanges conférant une valeur tangible aux  biens immatériels: l’Union Européenne par exemple a récemment mis en place un accord sur le CO2 qui attribue une valeur marchande aux gaz à effet de serre. Les agences de notation ayant été dans la ligne de mire récemment, M.Rockinger plaisantait seulement à moitié lorsqu’il a suggéré qu’il devrait y avoir de nouveaux types d’agences d’eco-rating, qui mesureraient l’impact sociétal et environnemental des entreprises.

Autre temps fort de cette journée: une table ronde entre des acteurs-clés de l’économie locale. Sur le thème global «Le développement durable et les défis environnementaux», Philippe Clot, de l’Illustré, et Pius Benz, professeur à HEC, ont animé le débat entre des acteurs issus des secteurs les plus divers, tels que Voltitude, INDEOtec, la Compagnie Benjamin de Rothschild, Services Industriels de Genève (SIG), Gaea21, Kingsman, The Living Springs, …

Les questions suivantes ont notamment été débattues:

L’argent public devrait-il être consacré au financement de technologies propres?

Certaines des start-up représentées, notamment par Eric Collombin de Voltitude (secteur écomobilité), ont souligné que les subventions publiques étaient légion mais que le temps passé à soumettre des demandes pour des montants parfois minimes rendait le retour sur investissement peu intéressant. Omid Shojaei, d’INDEOtec (secteur photovoltaïque), était d’accord sur le fait que, s’il est facile de collecter des fonds en début de procédure, c’est justement plus tard, lors du processus d’industrialisation du concept initial, que le besoin de financement se fait vraiment sentir. Marylin Mermod Schulé, de Rothschild Banking, a confirmé que son établissement finançait uniquement les projets RSE dont la rentabilité à long terme pouvait être démontrée. Jean-Francois Probst, des SIG, a décrit comment son entreprise était passée d’un ensemble de services publics disparates à une société unique plus concentrée et fédérée, et désormais solide financièrement. Il a souligné que les SIG illustrait à la perfection comment un investissement prudent dans les sociétés dédiées aux technologies vertes s’avérait sans conteste rentable à long terme.

La crise, accélérateur ou frein pour le développement durable?

De l'avis de certains experts, les investissements verts offrent des opportunités financières intéressantes en période de crise. En effet, comme l’a signalé par exemple Marylin Mermod Schulé, les clients de Rothschild, rebutés par les bouleversements qui ont affecté les marchés financiers, cherchent désormais à avoir un meilleur contrôle sur leurs investissements. L’argent prélevé sur les marchés est injecté dans des projets privés sociaux et environnementaux. Les investisseurs souhaitent jouer à l’avenir un plus grand rôle dans le développement des projets et être plus attentifs aux besoins de leurs «poulains».

Quid du modèle suisse?

Les experts étaient tous d’accord sur le fait qu’il est plus difficile de trouver des business angels en Suisse que dans les pays anglophones, même si les PME commencent à prendre conscience que les prêts bancaires classiques ne sont pas les seules formes de financement possibles. S’ils ont reconnu qu’il y a de l’argent en Suisse, ils ont estimé qu’il était réparti trop parcimonieusement et que la levée de fonds était un exercice complexe.

La première édition du Salon HEC Lausanne des entreprises responsables a donc marqué le début de ce qui s’annonce, d’ores et déjà, comme un dialogue durable et constructif entre les managers d’aujourd’hui et de demain.

 

Thomas Fitzsimons, Lausanne, novembre 2011

 

 

 

 

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